dimanche 26 mars 2017

Programme de printemps

Avec l'arrivée du printemps, voici notre nouveau programme !
Nous l'avons préparé pour qu'il soit coloré et vivant comme le printemps;

Le 7 avril, nous découvrirons l'astro-psychogénéalogie avec un atelier interactif présenté par Sylvie Lafuente Sampietro.
Un atelier qui nous permettra d'utiliser notre propre thème natal et de comprendre ce que l'astrologie peut nous apporter. En voici la présentation faite par Sylvie Lafuente Sampietro : 


"Lors de cet atelier, Sylvie Lafuente Sampietro nous guidera pour découvrir dans notre thème astrologique les injonctions en provenance de notre famille et de nos ancêtres.
Que perpétuons-nous de notre lignée ?
Nous verrons comment les structures familiales, issues des archétypes collectifs, conditionnent notre vécu du couple et de la famille. Nous découvrirons les organisations familiales liées à Pluton, Neptune et Uranus et comment les conscientiser et les transformer."
Cet atelier est ouvert à tous publics.
Si vous connaissez déjà l'astrologie, prenez votre thème natal avec vous. Autrement, merci de nous transmettre votre date, heure et lieu de naissance ( avec N° de département) au moment de l'inscription (coût du montage du thème : 2 €)

Ce sera le 7 avril de 19h00 à 22h00 au local d'astrologie.
Vous pouvez encore réserver ( tarif : 30 €) mais il ne reste que 2 places : il faut donc faire vite !



Nous partirons ensuite explorer les étoiles, en espérant bénéficier d'un ciel clément mais au printemps, nous avons plus de chances de trouver un ciel dégagé qu'en hiver !

Ce sera le 14 ou le 28 avril. Il faut s'inscrire par avance sur notre messagerie pour pouvoir être contacté lorsque la soirée sera organisée. 



Nous pourrons également nous évader le 23 juin. Alain Lafuente nous proposera un voyage sonore qui nous emportera loin de notre monde. Ses gongs et autres sanza nous conduiront vers des univers sonores inconnus.
Voici la présentation d'Alain Lafuente pour son voyage sonore :

"Immergés dans les vibrations des gongs, vous êtes invités à un voyage où votre imagination (active) vous mènera vers ces lointains intérieurs chers à Henri Michaux. Ce bain de sons d'une grande variété est une expérience sensorielle forte, comme un retour à la source dans des paysages intérieurs, des espaces vastes et sereins.
Une sanza (piano à pouces) augmentée d'effets numériques prolonge les nombreuses 
sonorités des gongs et ouvre encore l'imaginaire.

Vous pourrez être soit couchés, soit assis pendant le concert, prévoyez un coussin pour être confortable. Des tapis seront disponibles pour s’étendre, des coussins et des chaises pour s’asseoir. Et si vous voulez apporter le(s) vôtre(s), bienvenue!"




 Cette soirée commencera à 19h00. Le nombre de places est limité et il faudra réserver à l'avance par l'intermédiaire de notre adresse mail. Ce voyage sera une bonne introduction à l'été et au temps des vacances.
Nous vous attendons pour partager ces beaux moments !



"Quelque chose est caché.
Va et trouve-le.
Va et regarde au-delà
des montagnes.
Quelque chose est perdu
derrière les montagnes.
Perdu et qui t'attend. Va !"
Rudyard Kipling

Je vous rappelle notre adresse mail pour vous inscrire : assoc.altair@gmail.com

dimanche 19 mars 2017

Les mortels




Revoici Gilgamesh. Je vous avais déjà raconté son histoire, la plus ancienne histoire écrite que nous ayons retrouvée. L'épopée de Gilagamesh nous est parvenue sur des tablettes d'argile, recouvertes d'écriture cunéiforme. Ces tablettes datent de 2000 ans avant Jesus-Christ, et viennent de Mésopotamie. C'est un voyage aux confins du monde, à travers l'espace, pour trouver le moyen de poursuivre le voyage à travers le temps. La quête de la vie sans fin pour lui qui ouvrit les passes des montagnes, creusa des puits sur la nuque des monts, passa la mer, la mer immense, jusque-là d'où sort le soleil au matin, et explora l'univers entier en quête de la vie sans fin.




L'épopée raconte la vie légendaire de Gilgamesh. Elle raconte ses exploits dans la ville d'Uruk avec son ami Enkidu, ses voyages, puis la mort d'Enkidu.
La suite nous est racontée cette fois par Jean-Claude Ameisen :
"Gilgamesh a vu mourir son ami Enkidu qui avait partagé ses exploits et soudain Gilagmesh a peur de mourir. Alors il entreprend un long et périlleux périple aux confins du monde, à l'extrême orient du monde, à la recherche d'Utanapishtî, l'homme qui, avec son épouse, a survécu au déluge en construisant une arche. Et à la fin du déluge, le dieu Enlil a rendu immortels Utanapishtî et son épouse en leur donnant la vie sans fin. Et Utanapishtî révèle à Gilagamesh qu'il pourra peut-être lui aussi obtenir la vie sans fin s'il parvient, après son immense périple, à rester éveillé, à ne pas dormir pendant six jours et sept nuits d'affilée. Mais Gilgamesh était à peine assis, accroupi, que le sommeil l'enveloppa comme un brouillard. Et ainsi échoua la longue quête de Gilgamesh.
"Que faire Utanapishtî, demande Gilgameh ? Où me tourner ? Où que je porte mes pas m'attend partout la mort."




Alors Utanapishtî le lointain dit : Gilgamesh, tu es venu jusqu'ici à grand peine et fatigue. Je vais te révéler un mystère et te communiquer un secret des dieux. Il s'agit d'une plante. Si tu arrives à t'en emparer, tu auras trouvé la vie prolongée. Ce n'est plus la vie sans fin, c'est la vie prolongée.
Elle permet de retrouver la jeunesse, elle est au fond de la mer."
Et Gilgamesh réussit à s'en emparer. Mais sur le long chemin de son retour, pendant son sommeil, un serpent lui dérobe la plante. 
Alors Gilgamesh s'assit et pleura. Il reviendra des confins du monde dans la cité d'Uruk, mortel parmi les mortels, comme nous tous.
L'épopée s'achève comme elle a commencé, par un  chant à la gloire de la cité d'Uruk, que nulle cité au monde ne peut égaler.
Ici, l'échec est un voyage de retour d'un humain demeuré pleinement humain dans le monde des humains. Les mythologies ont souvent exploré ce thème de la quête d'éternité pour l'homme. Plus tard, avec l'Odyssée, c'est Ulysse qui refusera de devenir immortel pour revenir auprès des siens et vivre sa vie d'humain. Ces épopées sont magnifiques et nous montrent que l'immortalité peut s'obtenir en écrivant l'histoire de héros légendaires.


dimanche 12 mars 2017

Mythologie grecque

 La mythologie grecque fait partie des fondements de notre civilisation. Plus que des histoires d'immortels et de mortels se faisant la guerre comme on les voit souvent, ces mythes sont à la base de notre philosophie. Ils sont restés très importants dans notre inconscient et l'astrologie, qui nous vient aussi de l'antiquité, les utilise pour expliquer les forces qui agissent en nous et autour de nous. 


Dans son ouvrage intitulé : « La sagesse des mythes, Apprendre à vivre 2 » Luc Ferry nous retrace l' histoire de la mythologie grecque. Dans ce livre passionnant, il nous livre sa vision de l'utilité de la mythologie aujourd'hui. "Tradition commune à toute une civilisation et religion polythéiste, la mythologie n'en n'est pas moins d'abord et avant tout une philosophie encore "mise en récit", une tentative grandiose en vue de répondre de manière laïque à la question de la vie bonne par des leçons de sagesse vivantes et charnelles, habillées de littérature, de poésie et d'épopées plutôt que formulées dans des argumentations abstraites. C'est à mes yeux cette dimension indissolublement traditionnelle, poétique et philosophique de la mythologie qui en fait tout son intérêt et son charme aujourd'hui",
"Elle représente aussi une tentative admirable en vue d'aider les hommes à se "sauver" des peurs qui les empêchent d'accéder à une vie bonne".
Il nous montre que l'ensemble de ces mythes a un but : mettre de l'ordre dans le chaos initial. Chaque mythe tente de nous rapprocher de l'ordre cosmique .
« La vie en harmonie avec l’ordre cosmique, voilà la vraie sagesse, la voie authentique du salut, au sens de ce qui nous sauve des peurs et nous rend plus libres et plus ouverts aux autres. » nous dit-il.




Ainsi, la mythologie grecque nous permet  une lecture de la construction du monde et de l’ordonnancement du cosmos dans lequel l’homme a sa place. C'est à partir de la mythologie grecque que s'est forgée la philosophie occidentale. C'est aussi sur ces mythes que l'astrologie s'est construite. 

En effet, la mythologie grecque,  avec tous les archétypes de notre civilisation, nous permet aussi d'ordonner notre monde intérieur, d'y mettre de la conscience. Ce qui se joue entre les dieux de l'Olympe et les mortels, c'est aussi et surtout ce qui se joue en nous. La notion d'archétype, définie par Jung, le grand psychiatre, est 
ce qui organise et structure l'ensemble des processus psychiques de l'être humain. Ils structurent l'inconscient collectif. L'ensemble de ces archétypes, utilisés également en astrologie humaniste, est issue des grands mythes grecs.

Plus nous devenons conscients de ce qui nous anime (et ces archétypes sont la partie cachée ou inconsciente de notre psyché), plus notre monde s'ordonne et devient fonctionnel pour atteindre une liberté d'être détachée des peurs qui nous empêchaient d'avancer.



"Derrière cette volonté de s'ajuster au monde, de trouver sa juste place au sein de l'ordre cosmique tout entier, se cache en réalité une pensée plus secrète qui rejoint directement notre interrogation sur le sens de la vie des mortels, de ceux qui savent qu'ils vont mourir" : tout le message nous invite à penser que l'ordre du monde que Zeus va construire est éternel. Mais "une fois fondu  dans le cosmos, une fois sa vie mise en harmonie avec l'ordre cosmique, le sage comprend que nous, petits humains mortels, nous n'en sommes au fond qu'un fragment, pour ainsi dire un atome d'éternité, un élément d'une totalité qui ne saurait disparaître de sorte qu'à la limite, pour le sage authentique, la mort cesse d'être un problème parce qu'elle n'est plus rien de véritablement réel. Ou pour mieux dire, elle n'est qu'un passage d'un état à un autre, un passage qui, en tant que tel, ne doit plus nous effrayer."




Le livre de Luc Ferry nous démontre que la mythologie n'est pas qu'un livre de légendes, comme on le prétend parfois, mais bien un livre qui retrace la sagesse antique des mythes, toujours présente en nous et parmi nous.

dimanche 5 mars 2017

Cycles des planètes, cycles de vie (2)

Revenons aux cycles des planètes entre elles et au sens de ces cycles ( j'ai expliqué le déroulement du cycle dans ce billet : http://associationaltair.blogspot.fr/2017/02/cycles-des-planetes-cycles-de-vie.htm
Je reprends ici une partie de la conférence d'astrologie mondiale de Sylvie Lafuente Sampietro pour éclairer le déroulement des cycles avec des exemples qui peuvent nous parler.

Modèle de cycle (Copyright Sylvie Lafuente Sampietro)



Le cycle reliant Jupiter à Saturne rythme la construction des sociétés et de tous les projets de vie à long terme, leur croissance et leur décroissance.
Le cycle actuel a démarré en 2000 et se terminera en 2020. Il se situe en fin 2016 au carré décroissant, soit à un moment de retour vers l'essentiel et de réorientation.
Ce cycle peut être lu par exemple pour le projet européen.
en 2000, le cycle démarre en Taureau et s'inscrit dans le territoire, l'art, l'écologie et un certain plaisir de vivre.
Le projet prend une grande expansion après l'année 2000 avec l'adhésion de nombreux pays à l'union européenne.
Après 2006, au carré croissant, aucune forme n'a été choisie (un traité non ratifié par les peuples mais imposé néanmoins).
En 2010-2011 se produit la crise de l'euro et de la Grèce. Là encore, des tournants n'ont pas été pris.
Nous en sommes actuellement (fin 2016) au carré décroissant, c'est-à dire à un moment de réorientation pour retrouver le sens profond du projet ( et nous avons eu le Brexit).
A partir d'août 2017, l'Europe devra chercher des solutions pour préparer l'avenir et se réorganiser.
A l'automne, des combats pourront avoir lieu pour gagner en puissance et développer des actions efficaces ensemble. En attendant le début d'un nouveau cycle en 2020.




Mais ce cycle, nous dit Sylvie Lafuente Sampietro, concerne aussi chacun de nous dans nos vies, pour la construction de projets de vie et notre place sociale.
Pouvons-nous détecter dans notre histoire un projet qui a démarré en 2000 ? Ce projet a pu prendre forme suite à des décisions en 2006. Le projet a alors été vraiment engagé.
Puis en 2010/2011, ont eu lieu des prises de conscience : où en suis-je de ce projet ?
En 2016, une réorientation devait avoir lieu par rapport aux questions de fond que pose le projet. Nous avons un retour au cœur du sens de ce projet jusqu'à l'été 2017.
Puis en 2017, nous rechercherons des solutions pour mettre en place et construire l'avenir.
Et en 2020, un nouveau projet pourra redémarrer.
Plus nous sentirons en 2017 le retour au cœur du sens, plus nous pourrons trouver les bonnes solutions pour l'avenir.
Ainsi constatons-nous que nos projets personnels prennent place dans un ensemble plus vaste, celui de notre milieu social, entreprise ou pays et même au niveau mondial dans des projets qui touchent par exemple l'Europe.




Ce cycle de Jupiter et Saturne n'est qu'un exemple mais d'autres cycles nous touchent. Ce sont ces cycles qu'étudie l'astrologie mondiale et qui nous affectent comme les gouttes d'eau portées par des vagues sur le grand mouvement de fond des océans.


"L'astrologie trouve toute sa dimension dans le fait qu'elle transforme le profane en sacré, les données de l'astronomie en la révélation d'un ordre cosmique présent tant dans la cellule et la personne humaine que dans le système solaire et la galaxie. Tenter de faire de cette discipline une "science" fondée sur des données empiriques et statistiques revient à nier sa nature profonde et immémoriale." Dane Rudhyar

 

dimanche 26 février 2017

La bonne prononciation




Pour les vacances, voici une petite histoire, racontée par jean-claude Carrière. Comme toujours, nous dit-il, la sagesse est contradictoire et les bonnes histoires se retournent comme des gants.
Voici ce que nous dit une histoire soufi à propos de la prononciation correcte du sacré.




Un derviche de bonne réputation marchait pensif le long d'un fleuve, quand il entendit une voix humaine  qui chantait un hymne sacré. mais au lieu de prononcer correctement les syllabes YA HU, la voix prononçait U YA HU.
Le derviche jugea qu'il était de son devoir de corriger cette imperfection. Il loua un bateau et rama jusqu'à une petite île, au milieu du fleuve, d'où lui parvenait la voix du chanteur. Dans une hutte de roseaux, il trouva un homme pauvrement vêtu qui psalmodiait ses prières et qui se trompait.
Le derviche le corrigea aimablement. L'autre le remercia en toute humilité.
Ils se séparèrent. Le derviche regagna son bateau et rama vers la rive. Il avait l'âme satisfaite, conscient d'avoir accompli une très bonne action. Car il est dit qu'un homme qui chante correctement les textes sacrés peut marcher sur les eaux. Cet exploit, toute sa vie, le derviche avait souhaité pouvoir l'accomplir. mais vainement.
Alors qu'il se trouvait au milieu du fleuve, la voix du chanteur, un instant interrompue, s'éleva de nouveau dans la petite île. Mais l'homme persistait dans sa prononciation incorrecte et il chantait U YA HU.
Le derviche, dans la barque, laissa tomber les avirons, saisi par le découragement, et entreprit de réfléchir sur la perversité de la nature humaine.  Il entendit alors une voix qui l'appelait. Il se retourna. Il vit le chanteur solitaire qui criait :
_ Attends-moi ! Attends-moi ! J'ai quelque chose à te demander !
Quittant la petite île, l'homme s'élança sur les eaux du fleuve. Il marchait véritablement sur les eaux. Il parvint jusqu'au bord de la barque et dit à l'autre :
_ Mon frère, pardonne-moi. Ma mémoire est affaiblie. J'ai déjà oublié la prononciation correcte. Peux-tu me la dire encore une fois, je te prie ? 


dimanche 19 février 2017

Yin Yang



Nos professeurs de taï-chi-chuan nous disent souvent d'observer le dessin du yin yang.
En effet, tous les mouvements des enchaînements du taï-chi sont alternativement yin et yang. Mais il ne s'agit pas de passer de l'un à l'autre comme s'ils étaient deux entités contraires fixes.
Car de même que dans le dessin, un petit rond de la couleur opposée figure dans chaque demi-cercle, indiquant que dans le yin figure déjà en germe le yang et dans le yang se trouve déjà le début du yin, de même dans les mouvements yang, nous devons préparer  le mouvement yin et inversement.
Pour les chinois, tout est changement et chaque situation ne saurait durer. Dans chacune figure déjà la promesse de la suite qui viendra démarrer un nouveau cycle.
Pas de début, pas de fin, tout s'enchaîne dans un mouvement perpétuel.
Lorsqu'un mouvement atteint son maximum, il se transforme en son contraire, nous dit Cyrille Javary. Et selon lui, le dessin yin-yang est le schéma du grand retournement.
Le taï-chi-chuan, dont le but est de faciliter la circulation du flux vital à l'intérieur du corps, permet d'induire dans son corps l'enroulement du grand retournement.
Les deux points de couleur inverse dans le dessin sont des graines destinées à grandir, qui nous rendent perceptibles la rythmique du grand retournement.
La progression de ces points blancs et noirs n'affectent pas le mouvement jusqu'à un moment critique pour que bascule l'organisation.

Un flocon ne pèse rien
Celui-ci a fait choir
la neige accumulée sur la feuille





Nous sommes ici dans la pensée taoïste, tellement différente de la nôtre que nous n'en saisissons pas  aisément la signification.
Yin et yang sont les deux versants d'une manière d'agir, l'une privilégiant le temps et la solidité : yin, l'autre l'action et la force, yang.

 J'ai trouvé également l'illustration de cette dynamique des contraires dans le livre de Trinh Xuan Tran : La plénitude du vide. En voici un extrait :

"Ainsi, des phénomènes qui semblent opposés _ la lumière et les ténèbres, la défaite et la victoire, la vie et la mort, le plaisir et la souffrance, le bien et le mal, ou, en ce qui nous concerne ici, le vide et le plein_ doivent être considérés comme les manifestations polaires de deux extrêmes d'une seule et même réalité. De ce point de vue, selon le taoïsme, est vertueux non pas celui qui s'efforce d'éradiquer tout le mal pour ne retenir que le bien, tâche qui serait impossible, mais celui qui tente de maintenir un équilibre dynamique entre le bien et le mal, objectif beaucoup plus accessible.
La notion d'"opposition dynamique" est ici clé. Elle joue un rôle fondamental dans la pensée taoïste. A cause de l'impermanence du cosmos, rien ne peut être statique dans l'univers : tout bouge, tout change, tout évolue. L'action dynamique et réciproque du couple Yin-Yang fait que l'univers et tout ce qu'il contient obéissent à un mouvement cyclique perpétuel, sans début ni fin. Les deux forces polaires étant étroitement liées, le Yang contient le Yin en germe. Celui-ci croît jusqu'à son maximum pour remplacer le Yang, mais le Yang contient lui-même le Yin en germe et sera à son tour remplacé par ce dernier, et ainsi de suite. Le mouvement du Tao est semblable à celui d'un balancier. D'après Lao-Tseu, "le retour est le mouvement du Tao, et l'éloignement implique le retour. " Cette alternance donne espoir, courage et persévérance dans les moments difficiles de la vie, car ceux-ci ne peuvent qu'être remplacés par des temps meilleurs, mais elle suggère aussi prudence, modestie et retenue dans les périodes fastes, car le déclin n'est jamais très éloigné."

Pour terminer, un poème de François Cheng, qui a ici toute sa place, bien entendu.

Point de retour sans aller

Le fleuve de larmes et de sang

s'évapore en brume légère
Se condense en nuages flottants
retombe en pluie fertile,
Tout le perdu est repris
Source et mer sont retrouvailles

Point d'aller sans retour





dimanche 12 février 2017

Lecture



Certaines émissions de la grande Librairie sont passionnantes. C'était le cas avec celle où Daniel Pennac et Christian Bobin étaient invités. Daniel Pennac y a fait allusion à la préface d'Une petite robe de fête où Christian Bobin  nous parle de la lecture. Je l'ai retrouvée et je vous livre un extrait de ce texte magnifique.



"Au début on ne lit pas. Au lever de la vie, à l'aurore des yeux. On avale la vie par la bouche, par les mains, mais on ne tache pas encore ses yeux avec de l'encre. Aux principes de la vie, aux sources premières, aux ruisselets de l'enfance, on ne lit pas, on n'a pas l'idée de lire, de claquer derrière soi la page d'un livre, la porte d'une phrase.Non, c'est plus simple au début. Plus fou peut-être. On est séparé de rien, par rien. On est dans un continent sans vraies limites _ et ce continent, c'est vous, soi-même.Au début, il y a les terres immenses du jeu, les grandes prairies de l'invention, les fleuves des premiers pas, et partout alentour l'océan de la mère, les vagues battantes de la voix maternelle. Tout cela, c'est vous, sans rupture, sans déchirure.Un espace infini, aisément mesurable. Pas de livres là-dedans. Pas de place pour une lecture, pour le deuil émerveillé de lire. D'ailleurs les enfants ne supportent pas de voir la mère en train de lire. Ils lui arrachent le livre des mains, réclament une présence entière, et non pas cette présence incertaine, corrompue par le songe. La lecture entre bien plus tard dans l'enfance. Il faut d'abord apprendre, et c'est comme une souffrance, les premiers temps de l'exil. On apprend sa solitude lettre après lettre, le doigt sur le cœur, soulignant chaque voyelle du sang rouge.Les parents sont contents de vous voir lire, apprendre, souffrir. Ils ont toujours secrètement peur que leur enfant ne soit pas comme les autres, qu'il n'arrive pas à avaler l'alphabet, à le déglutir dans des phrases bien assises, bien droites, bien mâchées. C'est un mystère, la lecture.
Comment on y parvient, on ne sait pas.Les méthodes sont ce qu'elles sont, sans importance. Un jour, on reconnait le mot sur la page, on le dit à voix haute, et c'est un bout de dieu qui s'en va, une première fracture du paradis. On continue avec le mot suivant, et l'univers qui faisait un tout ne fait plus rien que des phrases, des terres perdues dans le blanc de la page. On est à l'école, on fait son métier d'enfant. Il y a, c'est vrai, un grand bonheur de cette perte-là, de cette trouvaille première de la lecture, de sa capacité à déchiffrer une page, à contempler des ombres.C'est même plus fort que le bonheur, il faudrait pour être juste parler de joie. De joie et de frayeur. La joie va toujours avec la frayeur, les livres vont toujours avec le deuil. Après, après cette première fin du monde, autre chose commence."
....



"Où sont les pauvres, où sont les vivants. C'est impossible à dire. Ceux qui ne lisent jamais forment un peuple taciturne. Les objets leur tiennent lieu de mots : les voitures avec sièges en cuir quand il y a de l'argent, les bibelots sur les napperons quand il n'y en n'a pas. Dans la lecture on quitte sa vie, on l'échange contre l'esprit du songe, la flamme du vent. Une vie sans lecture est une vie qu'on ne quitte jamais, une vie entassée, étouffée de tout ce qu'elle retient comme dans ces histoires du journal, quand on force les portes d'une maison envahie jusqu'aux plafonds par les ordures. Il y a la main blanche de ceux qui ont pour eux l'argent. Il y a la main fine de ceux qui ont pour eux le songe. Et il y a tous ceux qui n'ont pas de main - privés d'or, privés d'encre. C'est pour ça qu'on écrit. Ce ne peut être que pour ça, et quand c'est pour autre chose, c'est sans intérêt : pour aller des uns vers les autres.
Pour en finir avec le morcellement du monde, pour en finir avec le système des castes et enfin toucher aux intouchables. Pour offrir un livre à ceux qui ne liront jamais."
Christian Bobin




Ce texte est magnifique, malheureusement un peu long pour un article. J'ai dû me résoudre à enlever la partie centrale, qui nous décrit les non-lecteurs et les lecteurs. Mais je vous invite à la lire : c'est un vrai bonheur, une joie que j'aimerais partager. Ce texte est décidément une merveille de poésie et de vérité !