mardi 4 juillet 2017

Promesses de l'été

L'été s'installe, le rythme change et certains jours, la température monte...
Il est temps de se poser, pour profiter des jours qui viennent, s'abandonner à vivre simplement, s'émerveiller de chaque jour et prendre chaque instant avec joie. 




Puis en septembre, quand nous reprendrons le cours de l'année, il sera temps de nous intéresser aux projets que nous avons préparé dès ce début d'été. 
Nous vous proposerons de découvrir le ciel de notre thème astrologique à travers un objet étonnant : la sphère armillaire. Elle nous permettra de relier astronomie et astrologie. 
Ce bel objet inventé dans l'antiquité sera pour nous l'occasion de comprendre comment relier le ciel que nous observons depuis la terre à notre thème natal, projection en deux dimensions de ce ciel.


Nous aurons également notre rendez-vous annuel avec l'astrologie mondiale, moment très important pour comprendre les enjeux de notre monde.

Nous vous préparons ce programme pendant l'été et vous le retrouverez en septembre avec plus de détails et de rendez-vous.
En attendant, je vous souhaite de profiter pleinement de ces belles journées !
Je vous laisse avec Sensation, ce poème de Rimbaud cher à mon cœur.


Sensation

"Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l’herbe menue :
Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l’amour infini me montera dans l’âme,
Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, - heureux comme avec une femme."

Arthur Rimbaud, Poésies

dimanche 25 juin 2017

Voyage au pays des sons




Vendredi soir, comme convenu, nous étions au rendez-vous pour le voyage sonore d'Alain Lafuente, un moment de musique très "originel". Nous avions installé la salle façon tente nomade avec des tapis au sol et les gongs et instruments d'Alain avaient été placés au milieu de la salle, chacun pouvant ainsi ressentir le voyage au plus près des sons, allongé ou assis. 
"Le voyage est un retour vers l'essentiel" dit un proverbe tibétain, et ce voyage sonore en est un bel exemple.

Ce voyage nous emmène très loin, vers nos paysages intérieurs comme nous le présentait Alain. Et ces paysages sont extrêmement variés comme nous avons pu le constater en partageant nos expériences après le spectacle.




De magnifiques sonorités qui nous emplissent, nous font vibrer, d'autres très fortes qui roulent en nous et nous submergent avant de nous rejeter sur le rivage, d'autres enfin nous conduisent dans des endroits plus paisibles vers lesquels nous laisser emporter par le rêve et l'imaginaire.

Pour moi, ce fut un voyage vers des contrées anciennes, inexplorées et sauvages, où l'homme doit se faire accepter par la nature et où il doit la comprendre pour rester en vie, un monde de retour aux sources de l'humanité. Ni terrifiant, ni paisible mais que l'on doit accepter et laisser s'exprimer.




Tous ces sons provoquent d'innombrables sensations, on en oublie le temps, qui s'étire ou raccourcit, et l'on peut dire que cette musique nous nettoie et nous procure une fraîcheur nouvelle.
Quand les sons s'éteignent, que le silence se fait, il est très différent du silence initial, très dense et tous les bruits ont pris une autre saveur.

Un temps d'atterrissage plus tard, nous avons pu partager un apéritif joyeux et plein de chaleur (pas seulement grâce aux 30° de la température !), admirer les gongs, partager nos expériences et repartir heureux de cette superbe aventure en rêvant aux prochaines qui nous attendent...



dimanche 18 juin 2017

Karma

Nous parlons souvent du karma mais souvent sans savoir ce qui se cache vraiment derrière ce mot. 
Le texte que voici, écrit par Matthieu Ricard éclaire cette notion et la loi de causalité enseignée par les bouddhistes.




"Quand nous lançons un caillou en l'air, nous ne  devons pas nous étonner qu'il nous retombe sur la tête. De même, lorsqu'on a commis un acte, quel qu'il soit, on ne peut que s'attendre à ce que, tôt ou tard, il produise un effet. Si l'on souhaite s'affranchir de la souffrance, il est donc logique qu'il faille accomplir certains actes, et en éviter d'autres. La loi de causalité des actes est le fondement même des enseignements du Bouddha, lui qui déclara :

Éviter le moindre acte nuisible
Accomplir parfaitement le bien
Et maîtriser son esprit
Voilà l'enseignement du Bouddha.

Tous les phénomènes résultent du concours d'une infinité de causes et de conditions en perpétuel changement. Comme l'arc-en-ciel qui surgit quand le soleil brille sur un rideau de pluie et s'évanouit dès lors que disparait l'un des facteurs contribuant à sa formation, les phénomènes ne surviennent que par interdépendance et sont donc dénués d'existence autonome et permanente.
Si les phénomènes se conditionnent mutuellement en un vaste processus dynamique et créateur, rien ne surgit, en revanche, de façon arbitraire, et la loi de causalité opère inéluctablement.
Le karma, qui désigne à la fois les actes et leurs effets, est un aspect particulier de cette loi de causalité. C'est lui qui détermine notre lot de bonheurs et de souffrances. Autrement dit, nous subissons les conséquences de nos comportements passés, de même que nous sommes les architectes de nos vies futures.
Dans cette optique, notre destinée ne dépend donc pas d'une puissance extérieure, une volonté divine par exemple. Elle est le fruit de nos actes. On ne récolte que ce que l'on a semé, et rien ni personne ne contraint un individu à renaître de telle ou telle façon, si ce n'est le pouvoir de ses actes.
Par "actes", on n'entend pas seulement les comportements physiques, mais également les paroles  et les pensées qui, elles aussi, peuvent être bénéfiques,neutres ou nuisibles.Bien et mal ne sont pas des valeurs absolues. Une conduite est considérée comme "bonne " ou "mauvaise" en fonction de l'intention, altruiste ou malveillante, qui la sous-tend, ainsi que de ses conséquences : le bonheur ou le malheur pour soi ou pour autrui. A chaque instant de notre vie, nous récoltons les conséquences de notre passé et façonnons notre futur par des pensées, des paroles et des actes nouveaux. Ces derniers sont comme des graines qui, une fois semées, produisent le fruit bénéfique ou nuisible qui leur correspond.



Vues sous cet angle, les souffrances dont nous ne sommes apparemment pas responsables _ le mal que nous font les autres, _ ne sont dues ni à une volonté divine ni à une fatalité inéluctable, pas davantage qu'à un pur hasard. Ce sont des flèches que nous aurions tirées un jour en l'air, puis oubliées, et qui reviendraient sur nous. Cette vision des choses peut paraître déconcertante à un Occidental, surtout si on l'applique à un être innocent qui souffre, ou à un homme foncièrement bon dont la vie n'est qu'une perpétuelle tragédie. Il faut comprendre que selon le bouddhisme, chaque être est le résultat d'un ensemble complexe de causes et de conditions, de bonnes et de mauvaises graines semées dans le passé, et c'est cette combinaison de facteurs multiples qui se manifeste, graduellement et chacune en son temps, au cours de nos vies. Le fait d'en prendre conscience permet d'adopter une attitude plus responsable. Elle nous évite, par exemple, de blâmer les autres pour ce qui nous arrive de déplaisant.
Ne pas se révolter contre ce qui nous échoit par la nature des choses ne signifie pas être fataliste. Nous avons toujours la possibilité de tirer le meilleur parti d'une situation défavorable, quelle qu'elle soit. A nous de décider ce que nous devons faire ou ne pas faire pour construire notre bonheur futur et ne plus engendrer des causes de souffrance.
Comprenant que les actes nuisibles conduisent à tous les maux qui nous affligent,_ nous-mêmes et autrui_, et que les actes bénéfiques engendrent le bonheur, libre à nous d'agir avec discernement. Comme on dit : "Tant que l'on garde sa main dans le feu, il est vain  d'espérer échapper à la brûlure." Pour conclure, nous ne récoltons ni "récompense" ni "punition" : ce qui nous arrive obéit simplement à la loi de la causalité."
Matthieu Ricard dans Chemins spirituels - Petite anthologie des plus beaux textes tibétains


dimanche 11 juin 2017

Notes de chevet

Je me souviens d'avoir joué, lorsque j'étais  jeune, à faire des listes de : j'aime et je n'aime pas. C'était amusant de faire se côtoyer des sensations et des événements qui n'avaient rien à voir entre eux et de se dévoiler ainsi, juste un peu... Mais ce  plaisir des listes est très ancien.




Dans les Notes de chevet de la japonaise Sei Shonagon, ce jeu rejoint la poésie et nous dépayse complètement avec cependant un air de familiarité bien déroutant. Car Sei Shonagon vivait au XIe siècle, elle était dame d'honneur à la cour d'une princesse et ces notes de chevet sont comme une manière de nous faire partager simplement son quotidien avec grâce et raffinement.
Voici donc un extrait qui nous emporte bien loin, dans l'espace et le temps mais les choses humaines sont universelles ...




Choses désolantes :
Un chien qui aboie pendant le jour,
Une nasse à poissons au printemps,
Un vêtement couleur de prunier rouge au troisième ou quatrième mois, 
Une chambre d'accouchement où le bébé est mort,
Un brasier sans feu, 
Un conducteur qui déteste son bœuf,
Un savant docteur à qui naissent continuellement des filles.

Choses peu rassurantes :
La mère d'un bonze qui est parti pour douze ans vivre en reclus dans la montagne,
On arrive à la tombée de la nuit dans une maison où l'on n'a pas l'habitude d'aller,
Comme on ne se soucie pas de se mette en évidence, on ne fait pas de lumière,
On va pouvoir s'asseoir à côté des gens qui sont là sans les connaître.
Un bébé qui ne parle pas encore se renverse à l'arrière et crie en se débattant si quelqu'un veut le prendre dans ses bras.
Manger les fraises dans l'obscurité.
Un fête où l'on ne connait personne.

Choses qui font battre le cœur :
Des moineaux qui nourrissent leurs petits.
Passer devant un endroit où l'on fait jouer de petits enfants.
Se coucher seule dans une chambre délicieusement parfumée d'encens.
Se laver les cheveux, faire sa toilette, et mettre des habits tout embaumés de parfum.
Même quand personne ne vous voit, on se sent heureux au fond du cœur.





dimanche 4 juin 2017

Musique pour s'évader

Le 23 juin, nous avons convié Alain Lafuente au local d'astrologie. Il nous propose un voyage sonore.
L'idée nous a intrigués et ce concept de partir avec lui dans un voyage vers l'univers des sons puis l'univers tout court nous a paru une bonne introduction à l'été.
Il faut dire que nous savons ce que peut faire Alain Lafuente avec ses gongs et percussions. Il nous avait déjà régalés de ses festins impromptus qui nous avaient entraînés vers les étoiles.
Cette fois, il nous promet un bain de sons d'une grande variété :




"Immergés dans les vibrations des gongs, vous êtes invités à un voyage où votre imagination (active) vous mènera vers les lointains intérieurs chers à Henri Michaux.
Ce bain de sons d'une grande variété est une expérience sensorielle forte, comme un retour à la source dans des paysages intérieurs, des espaces vastes et sereins.
Une sanza (piano à pouces) augmentée d'effets numériques prolonge les nombreuses sonorités des gongs et ouvre encore l'imaginaire."

Henri Michaux, le voici dans un de ses poèmes extrait de Lointain intérieur :


Penser, vivre, mer peu distincte ;
Moi — ça — tremble,
Infini incessamment qui tressaille.

Ombres de mondes infimes,
ombres d’ombres,
cendres d’ailes.

Pensées à la nage merveilleuse,
qui glissez en nous, entre nous, loin de nous,
loin de nous éclairer, loin de rien pénétrer ;

étrangères en nos maisons,
toujours à colporter,
poussières pour nous distraire et nous éparpiller la vie.





Pour ce spectacle, vous pourrez être soit couchés soit assis. Vous pouvez donc apporter un coussin et/ou une couverture pour être confortable et vous laisser emporter par le voyage.

Soirée organisée le 23 juin au local d'astrologie, 1, rue Expilly  38 000 GRENOBLE, à partir de 19h00. A l'issue du spectacle, nous pourrons partager un verre avant de retrouver le monde réel...
Entrée : 10€. Il nous reste encore quelques places.Réservations sur : assoc.altair@gmail.com

dimanche 28 mai 2017

Anecdotes jupitériennes

On entend beaucoup parler de Jupiter ces temps-ci : une présidence jupitérienne, la sonde Juno qui passe au plus près de la planète géante.
Prolongeons donc ce thème avec quelques histoires jupitériennes.




Dans la mythologie romaine, Jupiter (comme Zeus dans la mythologie grecque) a survécu à sa naissance parce que Gaïa, la terre, en a eu assez que Saturne engloutisse tous ses enfants à la naissance. 
Elle a donc monté une équipe qui va prendre le dernier-né et le cacher : il s’agit de Jupiter. Ils prennent  une pierre, l’entourent d’un linge et la donnent à manger à Cronos (ou Saturne). Celui-ci ne voit pas la différence et avale le tout  puis continue à régner. 
Mais Jupiter grandit. Il sera appelé père des dieux et des hommes. Il va se dire en grandissant qu’il faut qu’il arrive à tuer Saturne, son père qui mange tous ses frères et soeurs. Il a besoin d’aide et il va former une communauté. Pour vaincre Saturne, il va se faire aider par tous ses frères et sœurs, et la guerre va être longue. Il est aussi aidé par les premiers dieux, On lui donne le foudre et des instruments pour se battre. Finalement, Jupiter va tuer Saturne et se retrouver au sommet de l’Olympe et donc régner sur les immortels et les mortels. 
 Pourquoi Jupiter/Zeus est-il appelé père des hommes ? D’une part parce qu’il va faire vomir tous ses frères et sœurs à Saturne, pour faire ressortir tout le monde et créer une communauté humaine ou plutôt divine. Mais il ne le fait pas seul : c’est le premier qui s’allie avec d’autres hommes. Puis, quand il est au pouvoir, il partage le monde et ne prend pas tout le pouvoir pour lui. Il va prendre le ciel en souvenir de son grand-père Ouranos. Il va donner à Poséidon la mer, à Hadès le monde souterrain. Et il va s’unir à des immortelles, mais aussi à des mortelles, ce qui donnera des demi-dieux. Il va donc faire le lien avec nous, les mortels. 




En astronomie, Jupiter est la cinquième planète du système solaire, visible à l'oeil nu dans le ciel et c'est une géante gazeuse encore très énigmatique. Pour lever un peu les énigmes, la sonde Juno arrive dans les parages de la planète pour nous apporter des images.
En analysant les données récoltées, les scientifiques y ont détecté de gigantesques ouragans sur ses pôles et effectué des observations inédites sur l'atmosphère et l'intérieur de la plus grande planète du système solaire.
Jupiter apparaît comme "un monde complexe, gigantesque et turbulent", très différent de ce que les scientifiques imaginaient, a expliqué la NASA, en commentant deux des premières études  effectuées avec les données transmises par Juno et publiées ce jeudi 25 mai dans la revue Science.

"Il se passe tellement de choses et nous ne pensions pas que nous aurions à repenser entièrement notre façon de voir Jupiter", a résumé Scott Bolton, le responsable scientifique de la mission destinée à percer les secrets de la planète gazeuse géante, lors d'une conférence de presse téléphonique. 
Laissons donc le temps aux scientifiques de mieux la comprendre.




En astrologie, Jupiter nous parle de socialisation, de confiance en la vie et de place dans la société.  
Dans la société justement, nous avons un dieu très puissant aujourd’hui, c’est l’obsession du profit. Et c’est Jupiter dans ses niveaux les plus bas: avoir plus, toujours plus et en premier niveau avoir plus d’argent. Cette obsession du profit nous met dans toutes sortes de situations : je veux une augmentation de salaire, je veux plus de confort. Nous voulons toujours plus et toute notre société est prise  dans ce message que le bonheur, c’est d’avoir de l’argent, de pouvoir se payer tout ce qu’on veut, comme si cela pouvait rendre heureux. En réalité ça ne marche pas vraiment. On peut avoir beaucoup d’argent et être très malheureux. Et cette obsession du profit touche le monde entier.
Mais Jupiter le dieu de la mythologie a gagné sa bataille contre son père et il l'a gagnée en s’alliant. A un autre niveau, Jupiter est ce sens de l’intégration sociale, car nous sommes une communauté. Et dans toute entreprise, dans toute administration, dans tout lieu, la question d’une communauté d’humains est primordiale : l’homme ne s’en n’est jamais sorti seul.
Jupiter c’est aussi avoir confiance en soi, en la vie, en l’abondance. Jupiter, c’est l’inverse de la peur de perdre. Souvent dans la vie on pense que si on quitte une situation on va tout perdre mais c’est faux : au carrefour suivant, on rencontre beaucoup. Jupiter est cette force de l’abondance de la vie : la nature est remarquablement abondante, elle nous donne à manger. L’un des messages de Jupiter c’est cette confiance dans le fait que les choses se renouvellent, qu’on retrouve de  la vie et tout ce qui est nécessaire.
Acquérir des connaissances est un autre niveau de richesse. Dans notre société et de plus en plus dans le monde entier, nous avons la possibilité de connaître énormément de choses.
Et si nous sommes intégrés à la communauté des hommes, nous avons tous les jours des enrichissements par échange. Tous les jours, nous avons l'occasion de partager avec notre entourage. L'échange, l'enrichissement social se font en permanence et ne sont  pas nécessairement financiers. 

Et le président jupitérien ? Tout d'abord, Jupiter est très présent dans le thème d'Emmanuel Macron. Et s'il s'agit de nous redonner confiance, de s'allier avec d'autres pour faire avancer les choses, comme nous venons de le voir, nous pourrons sans doute mieux accepter qu'il se place au-dessus de la mêlée.



Jupiter a beaucoup à nous dire et ces quelques éléments n'en sont qu'une infime partie !

Mes sources pour la mythologie : Hesiode et Theodore de Sicile, pour l'astronomie : l'article du Huffington post sur Jupiter du 26/05, pour l'astrologie : les conférences de Sylvie Lafuente Sampietro.

dimanche 21 mai 2017

La conscience



De ce poème, je n'ai longtemps retenu que les deux premiers vers que ma mère récitait dans les temps difficiles et le dernier, qui est devenu une sorte de proverbe et qui nous faisait peur lorsque nous étions enfants. Redécouvrir le poème dans son intégralité me fait l'effet d'une légende ancienne. Dans cette légende racontée dans la Bible, Caïn tue son frère Abel par jalousie, puis il est condamné à errer sur la terre. L'histoire devient pour Victor Hugo celle d'une obsession. Et comme à son habitude, il nous emporte avec toute son énergie dans la quête de Caïn pour échapper à sa conscience, quête qui sera vaine puisque même la mort ne suffira pas pour lui échapper.




La conscience

Lorsque avec ses enfants vêtus de peaux de bêtes,
Echevelé, livide au milieu des tempêtes,
Caïn se fut enfui de devant Jéhovah,
Comme le soir tombait, l'homme sombre arriva
Au bas d'une montagne en une grande plaine ;
Sa femme fatiguée et ses fils hors d'haleine
Lui dirent : « Couchons-nous sur la terre, et dormons. »
Caïn, ne dormant pas, songeait au pied des monts.
Ayant levé la tête, au fond des cieux funèbres,
Il vit un oeil, tout grand ouvert dans les ténèbres,
Et qui le regardait dans l'ombre fixement.
« Je suis trop près », dit-il avec un tremblement.
Il réveilla ses fils dormant, sa femme lasse,
Et se remit à fuir sinistre dans l'espace.
Il marcha trente jours, il marcha trente nuits.
Il allait, muet, pâle et frémissant aux bruits,
Furtif, sans regarder derrière lui, sans trêve,
Sans repos, sans sommeil; il atteignit la grève
Des mers dans le pays qui fut depuis Assur.
« Arrêtons-nous, dit-il, car cet asile est sûr.
Restons-y. Nous avons du monde atteint les bornes. »
Et, comme il s'asseyait, il vit dans les cieux mornes
L'oeil à la même place au fond de l'horizon.
Alors il tressaillit en proie au noir frisson.
« Cachez-moi ! » cria-t-il; et, le doigt sur la bouche,
Tous ses fils regardaient trembler l'aïeul farouche.
Caïn dit à Jabel, père de ceux qui vont
Sous des tentes de poil dans le désert profond :
« Etends de ce côté la toile de la tente. »
Et l'on développa la muraille flottante ;
Et, quand on l'eut fixée avec des poids de plomb :
« Vous ne voyez plus rien ? » dit Tsilla, l'enfant blond,
La fille de ses Fils, douce comme l'aurore ;
Et Caïn répondit : « je vois cet oeil encore ! »
Jubal, père de ceux qui passent dans les bourgs
Soufflant dans des clairons et frappant des tambours,
Cria : « je saurai bien construire une barrière. »
Il fit un mur de bronze et mit Caïn derrière.
Et Caïn dit « Cet oeil me regarde toujours! »
Hénoch dit : « Il faut faire une enceinte de tours
Si terrible, que rien ne puisse approcher d'elle.
Bâtissons une ville avec sa citadelle,
Bâtissons une ville, et nous la fermerons. »
Alors Tubalcaïn, père des forgerons,
Construisit une ville énorme et surhumaine.
Pendant qu'il travaillait, ses frères, dans la plaine,
Chassaient les fils d'Enos et les enfants de Seth ;
Et l'on crevait les yeux à quiconque passait ;
Et, le soir, on lançait des flèches aux étoiles.
Le granit remplaça la tente aux murs de toiles,
On lia chaque bloc avec des noeuds de fer,
Et la ville semblait une ville d'enfer ;
L'ombre des tours faisait la nuit dans les campagnes ;
Ils donnèrent aux murs l'épaisseur des montagnes ;
Sur la porte on grava : « Défense à Dieu d'entrer. »
Quand ils eurent fini de clore et de murer,
On mit l'aïeul au centre en une tour de pierre ;
Et lui restait lugubre et hagard. « Ô mon père !
L'oeil a-t-il disparu ? » dit en tremblant Tsilla.
Et Caïn répondit : " Non, il est toujours là. »
Alors il dit: « je veux habiter sous la terre
Comme dans son sépulcre un homme solitaire ;
Rien ne me verra plus, je ne verrai plus rien. »
On fit donc une fosse, et Caïn dit « C'est bien ! »
Puis il descendit seul sous cette voûte sombre.
Quand il se fut assis sur sa chaise dans l'ombre
Et qu'on eut sur son front fermé le souterrain,
L’œil était dans la tombe et regardait Caïn.